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3月30日 Etiquette......ou poudre aux yeux ?
Vendredi dernier, la presse britannique offrait à ses lectrices des conseils pour avoir le "look" de la première dame de France à moins de 190 livres. Le très sérieux Times (conservateur) liste même les marques bon marché permettant d'être aussi "sophistiquée"que l'épouse du président Sarkozy. Quant au Daily Mirror, il conseille tout simplement une "Carla bon marché"
Nos voisins d'outre-Manche se préoccuperaient-ils donc aussi de pouvoir d'achat et du tape à l'oeil du couple présidentiel?
Sur le plan économique , nous leur proposons moins cher !
En plein marché de la Place Saint-Michel de Bordeaux
ils trouveront : le kit sur plateau pour mariage sérieux,
de légers chapeaux de cérémonie , des sacs assortis,
à des prix défiant vraiment toute concurrence,
et sans protocole ..."étiquette" oblige !
Quant au " m'as-tu vu " officiel,
s'il ne trompe plus personne,
il nourrit encore grassement
beaucoup de médias,
même chez nous
et des blogeurs
d'ailleurs
aussi !
3月17日 Ptit dernier ...à découvrir !Juste amorcé ....le bras dans l'engrenage !
mon nouveau concept : une photo en noir et blanc...un commentaire.
Cliquez
Merci de votre visite
Ange
3月14日 TémoignageJe viens de recevoir d'un de mes amis de jeunesse
un texte inédit de son vécu des évènements de 68.
Comme Jean-Francois Ricou dont j'ai fait mention à plusieurs reprises sur ce blog,
Jean-Baptiste Lucchini écrit aussi ...Voici ce que j'ai reçu de lui:
"Ange
J’ai découvert sur ton blog ton évocation de mai 68 avec beaucoup de plaisir et avant de t’écrire j’en ai fait une nouvelle fois le tour. J’y ai participé comme nombre de gens, à ma place, modestement mais j’en ai gardé un souvenir vivace… d’air frais… ce que j’explique par ma nature nanar.
Du coup ça a déclenché chez moi le besoin d’en faire la relation, au niveau de mon petit vécu. Ce texte, je l’envoie et s’il te plait je serais ravi que tu le fasses passer dans ton blog. "...
" Mai 68"
"Nous avions tourné le coin de la place et débouchions sur le quai Saint Michel en un énorme cortège d’une humanité en état de grâce, un océan de calicot déployé en banderoles vengeresses. Les hommes, en manche de chemise, têtes hautes, poitrines dilatées mangeaient l’espace avec d’amples mouvements d’épaules ou du torse. Printemps deux fois beau, les femmes, en jean ou jupes plissées ou droites, en corsages légers blancs ou de couleurs étaient, je peux en témoigner, deux fois plus belles. Nombre de couples avançaient en se tenant par la main ou la taille, deux fois amoureux. L’air circulait dans les poumons deux fois plus riche nourrissant une exaltation dans les têtes et les cœurs redoublée. Le pavé répercutait un boucan qui aurait pu effrayer mais les regards reflétaient un flux de fraternité universelle. La rumeur rebondissait sur les façades. Les encouragements des trottoirs et des balcons répondaient aux slogans des manifestants. Il est des circonstances où un fait infime peut illuminer une situation. Ainsi de cette dame qui, délaissant sa place revint -de son séjour, certainement- les bras chargés d’un gros vase débordant de roses qu’elle éparpilla à la volée sur la foule, déclenchant un tonnerre de remerciements. Place Saint Michel un groupe d’étudiants s’était organisé pour faire la circulation et porter aide aux automobilistes désorientés mais pour la plupart ravis. Nous défilions comme dans un rêve, gais comme des pinsons et sérieux comme des papes –la situation exigeait le sérieux des militants responsables- les yeux au ciel, sur cette foule des balcons….’les balcons avec nous les balcons avec nous…’. Il n’y avait pas un képi à l’horizon. Seulement le ciel, le soleil, la foule en délire et sa folle rumeur dans Paris en majesté. C’était au lendemain la manif des étudiants du 4 mai qui avait été si brutalement réprimée. Quelque chose était en train de naître, d’une force telle que –suis-je le seul ?- je la sens encore m’animer. L’air plus vif promettait un quelque chose d’inconnu et pourtant désiré de longtemps et cela donnait du coffre aux poitrines. Nous nous sentions un appétit à engouffrer le monde. De cette date les manifestations allaient se succéder sans trêve dans un tel débordement d’énergie que le rassemblement traditionnel du premier mai –c’était cinq ou six jours plus tôt- ou ceux pour la paix au Viet Nam semblaient dans le moment avoir disparu des mémoires. Entre ses quais la Seine coulait tranquille, portant ses chalands avec son sérieux de gardienne tutélaire de cet esprit qui –serai je chauvin ?- ne souffle nulle part avec autant de vigueur qu’à Paris. Le vieux monde révélait sa vraie face crevassée de mesquineries. Il ne s’en fallait que d’un coup d’air neuf et les femmes et les hommes de ce temps et de ce lieu s’apprêteraient à bâtir un monde nouveau à la taille de leurs rêves. Mais on ne le savait pas encore. Avec les copains de l’UEC nous allions pour une fois insouciants de jouer à cache-cache avec les flics. Nous étions à l’écoute des anciens ; ‘ne répondez pas à la provocation camarades’ mot d’ordre impératif depuis la manif de 52 contre la venue de Rigway. Je marchais entre Jean Gaudefroy et Jean Gass et nous discutions gravement de la situation, nous qui dix jours plus tôt étions totalement à nos études et à nos farces d’étudiants, nous pour qui le militantisme n’avait jamais réussi à fonder la moindre revendication. Et pourtant une semaine plus tard nous mettions nos collègues pions en grève. Avec l’exigence d’obtenir une augmentation et un vrai statut. Pour l’instant nous nous apprêtions à rentrer à l’institut Baguer où, surprise, mes grands de l’internat des sourds muets m’attendaient pour une relation précise des faits. Pas facile dans le langage des signes et j’ai lu une certaine déception. Je n’avais pas le moindre casque de CRS prise de guerre à exhiber. Mes gaillards attendaient mieux de moi. A la récré ils traitaient les filles, de l’autre coté de la grille, de connes –je le dis comme ils l’exprimaient. Elles étaient du coté de l’ordre. Rien ne va tout droit dans notre monde, et c’est la contradiction qui génère le mouvement, je ne vous apprends rien. Le lendemain je rentrais au campus, pour prendre l’air du temps et militer pour notre chapelle. L’UEC… les étudiants cocos… filles et fils de gens simples pour la plupart originaires de cette classe ouvrière fière d’investir les privilèges bourgeois. Mes camarades, garçons et filles se trouvaient plutôt farauds de côtoyer une majorité de jeunes gens sans soucis financiers ou même plus qu’à l’aise -filles avec plus de 2000 francs de fringues sur elles, garçons déjà accoutumés à juger de l’origine et des potentialités des éventuels réseaux à créer- et ces petits bourgeois l’œil affûté sur les évolutions de l’horizon social –on dirait aujourd’hui ‘sociétal’. Un univers pour sociologues. Je n’apprécie pas pour le moment la part de comédie –en partie pour ces gens là ce qui se passe est comédie, ce qu’avait très bien saisi Daniel Cohn Bendit. Comédie productive. Bien plus tard certains ne verront comme résultat à tout ça que l’émergence, dans les années 80 d’une sous-couche sociale –aie… j’ai fait des études de socio… et je suis marxiste… j’aurais du mal à identifier- vouée à une bohème de bon aloi mais politiquement sans goût pour le risque. Je les avais fréquentés dans une autre vie, certains de ces jeunes gens- et je savais pour ma part mesurer l’aune de leur sincérité, leur capacité de mépris et de rejet et la hantise à être toujours en mesure de se placer. J’étais étudiant travailleur et il avait fallu m’organiser pour pouvoir assister aux cours et aux travaux pratiques. Un jour que je protestais devant l’affiche annonçant une modification d’horaire –mon montage entre service et études était un peu serré- une demoiselle dont je tairais le nom m’avait dit ‘quand on n’a pas les moyens on ne fait pas d’études’. Je me suis vu un bref instant en Monsieur de Paris, place de la Concorde, en 93 et puis je me suis vergogné tout rouge. Je suis parti sans répondre.
Ah le grand couloir de Nanterre en ce temps ! Je veux parler de la partie de la fac vouée aux lettres et sciences sociales, de ce déambulatoire qui toute l’année 67 /68 avait vibré de tant de revendications, de sit-in, de prises de paroles, de distributions de tracts, dont les murs parlaient par la voix de tant d’affiches de tous ordres. Le sommet resta exposé quelque temps pour faire rire ‘ma femme sera vierge à mon mariage comme l’était maman au sien’. Le lieu maintenant semblait attendre un aboutissement majeur à toute cette animation. J’y avais déjà connu des moments intenses… d’avoir résisté par exemple à une bande de nanars qui voulaient m’interdire de distribuer un tract. C’était au lendemain du 22 mars… j’étais un rien provocateur.
« - vous dites ‘il est interdit d’interdire
- oui camarade mais le mouvement du 22 mars
- parce que vous êtes organisés maintenant ? » et ainsi de suite jusqu’au moment où arriva Cohn Bendit qui mit fin à la session. Mais je ne perdais rien pour attendre.
Je ne sais si ce que je raconte vous éclaire sur le climat de ce moment à Nanterre mais pour plus ample information et pour vous glisser dans la chose grâce à un réel talent d’écrivain vous pourrez toujours vous reporter au roman du regretté Robert Merle ‘Derrière la vitre’ consacré à la journée du 22 mars. Cette évocation m’a fait reprendre le livre… et j’en ai failli lâcher ma rédaction. Trois lignes d’historien pour faire jaillir le monde de Cloche Merle, de Maupassant, de Marcel Aymé, de René Fallet et j’en passe. Je prendrai donc le temps de respirer sauf pour vous dire que le bidon ville qui s’était installé derrière la fac n’attirait pas encore la curiosité des étudiants révolutionnaires. Fracture temporelle, fracture sociale.
Le surlendemain de la manif de protestation je revenais donc à la fac avec mon petit cartable et l’idée de m’offrir une toile après les cours. Je traversais le déambulatoire sans trop porter d’attention à l’animation. Au quatrième –il me semble me souvenir que c’était au quatrième- le département de socio était vide. Il n’y avait personne pour m’informer. Je ne trouvais qu’un bonhomme qui avait dépassé la quarantaine et avait eu du mal à se faire passer pour un étudiant. Un jour, alors qu’un prof s’était décidé de livrer ses textes à une asso d’étudiants diffusion en polycopiés ce quadra m’avait attrapé par le bras et m’avait demandé, avec quelque fièvre, de lui procurer un de ces ‘tracts’. La police de Papon nous avait certainement affecté le plus adroit de ses chaussettes à clous. Le flic ne m’adressa pas la parole, et je ne lui demandais rien. Je redescendis et filais vers le grand amphi. Il y avait de plus en plus de monde. A la porte de l’amphi une fille -3000 balles de fringues sur elle- apostrophait Daniel Cohn Bendit qui passait avec sa bande ‘Dany… c’est formidable… on vient de faire débrayer un amphi en droit’. De quoi rêver !
J’assistais dans le grand amphi à une espèce de grand messe organisée par un groupe de maoïstes sur le thème ‘oui camarades nous avons eu tort de laisser tomber les étudiants… les étudiants sont eux aussi porteurs de la révolution etc… etc…’. Dans un recoin les anarchistes rigolaient, d’aucuns parmi le groupe organisateur du meeting se désignaient du doigt un jeune homme vêtu de sombre porteur de cheveux longs qu’il allait perdre bientôt– un futur ministre- et qui passait pour faire la navette entre un groupuscule –terminologie UEC- trotskyste et une organisation de poche de ce qui allait devenir le PS. Il y avait quelques UEC de ci de là qui manifestaient une espèce de rétention supérieure… des bourges en révo n’est ce pas… et je n’étais pas loin de cet avis. Proche du parti de la classe ouvrière, le seul, le vrai, nous étions assurés de détenir les clés de la situation concrète... ‘Quelle est ton analyse concrète de la situation concrète, camarade ?’ Dans tout ça beaucoup de bruit pour pas grand-chose en apparence sinon que dans les trois quatre jours suivants les mots d’ordre fusaient, que les affiches se faisaient de plus en plus pertinentes et que sous cette animation couvait ce qui allait se développer à partir de la manif du 13 mai, pour laquelle -’10 ans ça suffit’- rien n’était encore décidé. Ah oui… à l’UEC nous avions fait venir Barbet, le maire de Nanterre, entouré de quelques membres de son conseil municipal et suivi de trois quatre gaillards d’une usine voisine. Barbet avait beaucoup hésité. Un moyen terme avait été trouvé. Le meeting avait eu lieu dans le déambulatoire et non dans l’amphi retenu. Les anarchistes –Daniel Cohn Bendit en tête- qui avaient tenté de s’opposer au meeting en avaient été dissuadés par l’assistance. Mais je n’ai pas senti que l’intervention de ce brave homme – et homme brave… l’Espagne… la résistance… - qu’était le maire de Nanterre ait répondu à une quelconque interrogation de son auditoire d’étudiants. Disons que c’était bien mais que chacun était rentré chez soi avec son problème intact. Le parti n’arrivait pas à élargir son audience pour ses propositions de société socialiste, les étudiants restaient en panne de potion idéologique magique. Ça commençait à fuser dans tous les sens. Je ne faisais pas partie –mon appartenance à l’UEC ne l’aurait pas permis- du vivier qui entourait notre prof, Alain Touraine, mais il était intervenu deux ou trois fois sur le mode ‘pour finir les luttes finissent par s’institutionnaliser’. Le concept inversé avait été repris par un groupuscule mao qui ânonnait sur tous les tons pendant des quarts d’heures‘il ne faut pas laisser la bourgeoisie institutionnaliser les luttes camarades’. Je ne faisais pas partie des admirateurs du personnage mais il faut reconnaître que c’était bien joué. L’ordre fournissait au mouvement les pistolets à bouchon idéologique propres à retarder la maturation du mouvement. C’est également de ce moment que Touraine lança son idée sur l’organisation des facs, celles des études et des examens. Il me semble que pour l’essentiel il a gagné sur ce terrain. Je n’arrivais pas à trouver nulles toutes ses propositions. Frustrée de l’échec de l’opération Barbet l’UEC demanda à Pierre Juquin de venir. J’étais de service ce jour là. Un message à la loge de l’institut Gustave Baguer avait été déposé pour moi. C’était rarissime. ‘Batiste il faut que tu viennes on a besoin de toi’. Bien sûr ils avaient besoin de moi à l’UEC, de mes quatre vingt dix kilos et de mon apparent calme. Je trouvais moyen de me faire remplacer et j’y allais seul, avec ma deux pattes , ayant raté Jean Gaudefroy. Cette fois là le meeting avait lieu dans un petit amphi. Ça a été bref. Le local était bourré à craquer. A l’entrée je me souviens de la présence de Cohn Bendit qui disait à Dutheuil ‘c’est pas la peine s’en mêler, les maos s’en chargeront’ et à peine Juquin installé les maos qui occupaient les places du haut sont descendus sur les cinq ou six qui étions là, à faire rempart de nos corps. Le temps de décrocher à coups de pied et de poing, avec Christian Fohanno et Claude Denis, tous deux vaillants mais pas très affûtés, nous avons fait sortir Juquin et sa secrétaire par une porte de service et on a filé dans ma dedeuch. J’aurais continué comme ça un peu plus longtemps je serais parti avec un diplôme de garde du corps. Et moi je rêvais de calme, parce que à partir de ce jour il m’a fallu, avant d’entrer dans ce démbulatoire, jeter comme les indiens sur le sentier de la guerre un œil prudent. J’évitais en particulier de me trouver en présence d’un olibrius qui s’était déguisé pour les beaux yeux d’une vraie fille à vrai papa en Antonio das Mortes et lancé dans un défi permanent. Le zozo était champion de savate. Il satanait à l’ancienne tous ceux que la belle avait condamnés d’un regard. Il faut bien que le fric serve à quelque chose. Et puis le mouvement passa aux choses sérieuses. Les gesticulations demeurèrent mais les revendications prirent le dessus.
Je n’ai jamais fait de plus belle manif que celle du 13 mai 68. Au milieu de ma bande de copines et copains, la foule, Christiane à deux pas que je connaissais encore à peine, la foule, les mots d’ordre, la jonction des deux cortèges, l’Huma qui avait conquis la manif, les banderoles, la foule sous les banderoles, sur les trottoirs, aux balcons, et un arrêt, bien avant la dislocation, l’annonce du mot d’ordre de grève à Sud Aviation. Et la clameur qui avait éclaté, accompagnant cette information. Et puis, de ce moment, l’avalanche d’appels à la cessation du travail. Il nous avait semblé connaître un summum. C’est de ce jour que mai 68 a commencé dans sa vraie dimension. Avec des moments de doute… revendication de mille balles mensuels… une semaine de congés supplémentaires… les comités d’entreprises… le syndicat au sein de la boîte et non à l’union locale… je n’y croyais pas tout à fait. On en a tellement fait qu’on ne savait plus certains jours où on était. Je me souviens qu’avec Jeannot Gaudefroy nous nous sommes arrêtés dans un café et nous nous sommes endormis sur la banquette. Nous n’avons jamais retrouvé à la suite de quelle circonstance nous étions arrivés là. C’est vrai que notre journée commençait à cinq heures avec la diffusion de l’Huma à Citroen, à Gennevilliers. Dans la journée nous trouvions à nous employer un peu partout. Une fois à Astra, à Asnières même. Les grévistes étaient menacés par une bande de nervis… c’était chaud… mais les copains avaient menacé de brancher les tuyaux à incendie sur les cuves à acide. J’appris donc incidemment qu’on emploie de l’acide pour faire de la margarine. En tout cas, les nervis se sont sentis moins chauds pour l’assaut. Et j’étais ravi que cela se termine ainsi, je le dis sans fausse honte. Les nervis de Pasqua, ce n’étaient pas les rigolos des maoïstes.
Et nous revendiquions à l’institut même –un statut pour les pions, une augmentation, la fin de quelques trucs vexatoires- et je crois que c’est de ce moment que j’ai accroché l’attention de Christiane, Christiane qui m’a conservé son affection jusqu’à ce jour. L’amour m’avait touché de sa grâce… j’étais en tête des luttes… j’en avais l’illusion du moins. On dira que c’était naïf, mais grisant. Tout ce mouvement ne m’empêchait pas de concocter un voyage en Italie à l’occasion des vacances toutes proches. Avec Christiane bien sûr, et Jeannot, s’il arrivait à se trouver une accompagnatrice. En fait son plan copine rata et il nous accompagna solo dans notre descente vers Gênes jusque le Basilicate. Mais nous n’en étions pas encore aux vacances.
Il y a eu des lieux –la Sorbonne, l’Odéon- où semblait exulter l’esprit du moment. A compter approximativement de ce moment la fac de Nanterre fut un lieu de tension créative. Nous avons vu défiler quantité de cinéastes, de gens du théâtre, de musiciens, de graphistes. Je me souviens d’un petit gros volubile. J’étais étonné de le voir toujours pas rasé, et jamais barbu. Un jour quelqu’un m’expliqua qu’il affichait cette allure prolétarienne qui allait devenir de mode dans le monde ‘intellectuel’ –le monde intellectuel ment monumentalement J Prévert- grâce à une tondeuse spéciale pour gens du théâtre. Je devais être naïf. Cela me semblait être le comble de la duplicité. C’était Roland Castro, l’architecte, le beauf à Fabius. Passent souvent Serge July et Alain Gesmar, les idéologues mao, Philippe Sollers et Julia Kristova –on lit beaucoup ‘Tel Quel’ à l’UEC- et je crois y avoir croisé Jacques Lacan, ce qui ne serait pas étonnant. Les affiches, les mots d’ordre fleurissaient en graphisme parfois à exemplaire unique. ‘faites l’amour dans le béton’ ‘le pouvoir est au bout du fusil’. Nous, étudiants, étions apostrophés par des tas de gens qui nous proposaient l’appui de leurs enthousiasmes –très réels- et de leur expérience quelque peu surévaluée. Le moment de la fin de l’année approchait la menace d’une année blanche, objectif de certains des nanars. Tout ces gens ne se rendaient pas compte de l’exercice d’équilibre auquel devaient se livrer la majorité des étudiants pour survivre en faisant des études et encore moins des sacrifices consentis par les familles de la banlieue ouvrière. Je voudrais leur tisser une couronne, à ceux de mon organisation. ‘Pope’ à la barbe en avalanche –l’André Bourgeot qui deviendra le spécialiste des touaregs au CNRS. Nous étions spécialement attachés l’un à l’autre, ayant failli nous connaître, lui instit et moi bidasse, dans le recoin du Hoggar où les militaires se livraient à leurs essais nucléaires. ‘Nounours’ Gilbert Wassermann, aujourd’hui disparu, si sûr dans ses analyses, d’un physique replet et d’un courage physique impressionnant, ‘Konope’ –le Konopnicki de Marianne- au nez portant en continu les traces humides d’un rhume perpétuel et la bouche une faconde qui pouvait s’exprimer aussi bien en yddish qu’en pur argot parisien, Dominique Vidal, Liliane Halls French, qui tentera vainement de me tirer d’une embuscade tendue par les maos situationnistes, Jean Pierre Bras, licencié de philo à 20 ans, père de famille et qui évaluait la situation au jour le jour aidé de Christian Fohanno et de son épouse Martine –le miracle de l’UEC, seule représentante de la haute bourgeoisie, et tellement à l’aise dans ce monde de prolos-,‘Roro’ Rodriguez, qui avait connu la prison des paras, à Alger. Une anecdote pour fixer Roro. Un jour, pour clore le premier trimestre, notre prof Touraine nous avait imprudemment invités à faire une critique de son cours. Magistral, Roro le disséqua cruellement pendant deux heures et finit sur les applaudissements de la moitié de la salle. Alain Touraine tentait d’implanter le modèle états-unien dans les facs françaises. Il fit là, crucifié blême à sa chaire, une cruelle expérience d’anthropologie sociale comparée. Les mandarins étaient vilipendés, parfois malmenés physiquement ; à cette occasion un mandarin a été ‘critiqué’ au sens noble, c'est-à-dire systématiquement contredit par un de ses étudiants, originaire de la classe des plus humbles. Rien de plus cruel. J’adorais tout ça, et je comptais bien malgré tout ne pas perdre une année universitaire. J’étais avec Pope le plus âgé de la bande, ayant repris mes études après mon service militaire et deux années de vadrouille. Ça me classait, aussi, d‘avoir travaillé d’un travail manuel. C’était chez mon grand père, aux halles. Et le temps passait. Et arriva l’heure de la manif des bourges ‘Renault au boulot’ et des élections désastreuses. Je figure dans un film –baillant au milieu du SO d’un meeting pour le soutien à Claude Denis- consacré au scrutin à Asnières, municipalité remarquée pour à peu près reproduire les scores des grands partis au niveau national, et ville où je résidais, travaillais et militais localement.
Je ne sais si quelqu’un pourra un jour tirer tous les enseignements des évènements de 68. Il est communément admis que l’histoire ne peut être explicitée objectivement qu’après une période d’attente suffisante. Toujours le débat entre subjectivité et objectivité. J’ai toujours su avoir vécu en pleine subjectivité… et je ne vois pas ce que gagne l’objectivité à passer sur l’aspect émotionnel si fort dans toute cette agitation… et c’était bien les rencontres de subjectivités qui a constitué le bain créatif du moment. Je n’avais pas suffisamment analysé –nous étions centrés, nous, UEC, sur ce qui allait donner les accords de 72 avec le PS resurgi- ce que la situation portait comme attentes d’une petite bourgeoisie déclinante et désormais assurée que les barrières à son accession aux niveaux supérieurs devenaient infranchissables et qu’elle était condamnée. J’y vois là partiellement, mais il y faudrait une étude sérieuse, la source de la structure de la société actuelle. Je ne suis pas le seul à penser que le phénomène bobo trouve là son origine. Le grand Henri Lefèvre n’est plus. J’étais de ses étudiants et je me demande toujours les raisons de sa discrétion dans le mouvement. Il devait se rendre compte de la viduité des propositions des maoistes, dont il s’était fait porteur. Je ne sache pas qu’il ait par la suite entrepris une analyse du mouvement.
J’ai trop vécu la revendication matérielle, bien qu’avec beaucoup d’idéalisme -au sens strict- pour avoir eu la finesse d’analyse d’un Cohn Bendit qui dans le mouvement même préparait sa ressource. Dany le Rouge a été un manipulateur de génie. Il avait su organiser un réseau d’alerte. Il était ainsi toujours présent sur les lieux d’un évènement, et en tirait toujours quelque chose. ‘Allons camarades (je me demandais ce qu’il allait bien pouvoir trouver tellement il avait l’air dépassé à cette occasion) il ne faut pas rêver, la bourgeoisie ne va pas nous faire de cadeaux… il faut nous organiser… et d’abord comment on va tenir si on n’a rien à bouffer… il nous faut préparer des sandwiches’ et ça prenait toujours.
Je nageais comme tout le monde dans un flot de contradictions – les miennes et les autres ‘il est interdit d’interdire’… ‘camarades les photos sont interdites… il y a des espions de la bourgeoisie’… cette bourgeoisie au statut évolutif, pour certains perçue seulement sur le plan esthétique –un mode de vie- et d’autres comme propriétaire des grands moyens de production et d’échanges. Je n’ai par exemple compris que très tard la portée –contrairement aux July et autres Geismar- en termes carriéristes individuels du mot d’ordre ‘le pouvoir est à prendre’ fixé que j’étais sur la prise du pouvoir politique par la classe ouvrière. Je vois maintenant dans tout ça quelque chose de la révolte des pastoureaux du 12ème siècle qui alimenta en masse la 5ème croisade.
L’année 1967/68 avait été riche en mouvements ouvriers. Nous avions passé à Nanterre un début d’année qui m’a donné l’illusion d’une continuité avec la suite. Une confluence de toutes ces attentes si fortement exprimées et contenues ne pouvait manquer de surgir. Je ne sais où placer dans mon récit ce moment international et culturel… mais en nombre d’endroits pousse la contestation. Même en Tchécoslovaquie. Nous ferons avec Jeannot, sa copine du moment et Christiane un tour à Prague en décembre 68, histoire de confronter nos convictions à quelques réalités. Nous allions au comble de l’excitation voir ‘Antonio das mortes’ ‘Dieu noir Diable blond’ de Glauber Rocha, ‘La huera de los hornos’, ‘les amours d’une blonde’. Il n’y a pas de doute, le mouvement s’inscrit dans le mouvement du monde. De tout le monde. Bien plus tard, trauma de ce choc, quand j’ai intégré l’administration j’ai senti comme une réserve prudente de la hiérarchie face à toute manifestation d’impatience du personnel. C’est seulement sous Giscard que s’est amorcée une tentative de reprise en main. Ce quarantième anniversaire me donne, c’est heureux pour moi, l’occasion de donner une faible représentation de ces évènements, du lieu et de la situation où j’étais. J’y ai trouvé intensément ce qui m’anime toujours et qu’on ne peut mieux illustrer qu’en citant un vieux révolutionnaire aujourd’hui tellement décrié, je dis Wladimir Ilitch Oulianov ‘Lenine’ « Il faut rêver ! » . Je rêve que prochainement l’occasion nous sera donnée de donner une leçon de plus grande ampleur et de portée définitive à nos gouvernants actuels. Je sais bien qu’il n’y a de victoire qui dure, et pourtant là est la limite même de nos avancées et nos échecs ensemble porteurs d’avenir. ‘Rêver’ dit le poète."
© Jean-Baptiste Lucchini.
Pour vous mes amis !oui , je suis
un homme heureux
parce que je reçois
de vrais signes d' amitiés ,
comblé parce que régulièrement
me viennent des nouvelles d'amis de jeunesse ,
de ceux qui entre - tiennent nos mémoires ,
nous permettent de mesurer le chemin parcouru depuis
et d' évaluer nos engagements respectifs en cette vie.
Qu'il est bon de pouvoir , avec ceux que je côtoyais , avec lesquels
je partageais les mêmes bancs d'école, d'envisager encore des projets communs,
de garder des liens et de s'écrire. C'est comme un cadeau qui nous est offert sur cette terre !
IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII
j'ai voulu aussi l'exprimer ici , sur ce blog,
avec mes mots, tout simplement, pour dire
à toutes celles et tous ceux qui à leur tour
m'envoient leurs messages, combien je leur dois
combien ils m'apportent et ils comptent aussi.
Quel bonheur et quelle chance d'exister ainsi !
Sans l'autre, les autres que serions-nous ?
Sans amour et sans amitié , vivrions-nous?
Un grand merci à vous, amis de toujours
et à vous, amis du " virtuel ",
non moins sincères et
réels pour autant !
IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII
La lumière de l'amitié éclaire comme une lampe le livre de chevet
IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII
©Ange
3月12日 A découvrir !Diversification !
HAÏKAÏ DE TZAROL
5.7.5. syllabes Egrénant du sens
Le haïku au fil des mots M'ouvre l'horizon Merci de votre visite
Ange
3月10日 "L'esprit des lois "....Entre détournements...et refus...
Sur le Campus de Pessac, j'ai pris quelques photos, dans les parages
de la Maison des arts et de la Faculté des Lettres de Bordeaux III.
Sur un des murs de cette dernière , une citation de Montesquieu
à propos des préjugés y est inscrite en grand, donnant à réfléchir
"... ce qui fait que l'on s'ignore soi-même" ...
Et pour approfondir la réflexion je vous invite à faire un tour chez Apeulcouine, la "Voleuse de Pommes" http://apeulcouine.spaces.live.com/blog/cns!FEAC55BDA8AE8578!1286.entry
©Ange
3月6日 Mai 68...dans ma mémoire
Quand les murs aussi avaient la parole !
Il y a 40 ans ….j’avais déjà 30 ans et des jumeaux de 5 ans…J’ai vécu intensément un inoubliable mois de mai .
Aujourd’hui en 2008, nombreux sont ceux qui parlent des « évènements de mai 68 »…
Certains les dénigrent… les condamnent ouvertement.
D’autres les remémorent leur reconnaissant d’avoir généré une période d’extraordinaire liberté d’expression et de créativité.
Parmi les uns et les autres, il y a ceux qui ont vécu cette époque de contestation et de révolte : ils peuvent en témoigner.
Et puis il y a ceux qui s’y réfèrent sans trop savoir ce que c’était vraiment et l’atmosphère qui y régnait, soit parce qu’ils étaient beaucoup trop jeunes, soit parce qu’ils n’étaient pas encore nés.
De janvier au 2 mars dernier, une instructive exposition intitulée « Mai 68 au jour le jour » en relatait des faits à la « Base Sous -Marine » de Bordeaux.
Un « Mai 68 » vu par trois photographes , Bruno Barbey, Gilles Caron et Jean Dieuzaïde, témoins avisés de ce qui se déroulait devant leurs yeux .
Il m'a été interdit de prendre des photos dans les salles qui présentaient 150 de leurs tirages en noir et blanc….
« Il est interdit d’interdire » ...un slogan pour le coup sans effet !
Je me suis donc contenté de photographier les lieux extérieurs à l’exposition .
Quelques vues de la Base Sous-marine et quelques affiches issues de la collection de M. Jean-Jacques Allevi. Ces affiches étaient imprimées par l’atelier de sérigraphie de l’Ecole des Beaux-Arts de Paris, occupé et rebaptisé pour l’occasion « l’Atelier Populaire » !
Je vous propose donc ci-dessous un modeste diaporama que j’ai réalisé avec mes photos auxquelles j’ai associé quelques slogans qui fleurissaient de partout en cet historique mois de mai.
©Ange
Info : j'ai créé ce diaporama avec " http://kizoa.fr/ "
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